Des rues surpeuplées d’Hô Chi Minh au delta du Mékong : 3 jours au Vietnam.


On appelle ça un choc des cultures. Alors que j’arrive de l’Australie, un pays propret, quiet et développé, voici Ho-Chi-Minh, capitale économique du Vietnam. De l’aéroport, je prends un taxi pour le District 1, le quartier touristique de la ville où sont regroupés les guesthouse (auberge de jeunesse). Dans le taxi, je bloque : sur les avenues, des milliers de scooters, motos, se croisent, klaxonnent et zigzaguent entre les rares voitures. Les ronds-points sont énormes et les conducteurs conduisent dans des espaces infimes, sans stress, en envoyant des textos, parfois à trois sur un scooter, le bébé à l’avant.

Je trouve mon hôtel, je pose mon sac et décide d’aller me balader. Il est 23h et les rues débordent de monde. Les taxis à motos ou les touk-touk interpellent les touristes tous les dix mètres. Les vendeurs ambulants de copies de Lonely Planet ou de DVD piratés affichent leur plus beau sourire. Sur les stands de snack à emporter,  à côté de baguettes, il est écrit en français « jambon » ou « paté ». Des vieilles femmes, sous chapeaux coniques, transportent des besaces d’épices ou de fruits. Un bar avec des néons rouges et une tête de buffle immense, logiquement appelé « Crazy », diffuse de la musique occidentale beaucoup trop forte.

Je me pose sur la terrasse d’un restaurant. Commande une soupe de noodles. Une bière. Et j’observe la rue. L’animation ne s’arrête jamais. Cette ville est bruyante, bordélique, mais tellement vivante ! Les habitants sont jeunes : à minuit, des enfants de moins de 6 ans jouent toujours dans la rue ou vendent des fausses Ray-Ban.

Le lendemain matin, pour la première fois depuis un an, je mange une baguette, avec du vrai beurre au petit déjeuner. Jouissif. Je rencontre Rico, encore un Français qui fait un tour du monde. A 31 ans, il prend son temps et se concentre sur les pays plutôt pauvres, moins touristiques (Honduras, Panama, Vietnam, Cambodge…). Puis je visite la ville, marche beaucoup, dit « non » à cent propositions de touk-touk (pas mal pour l’entraînement au self-control quand tu refuses trois fois en passant devant le même chauffeur), et tente de survivre sur les passages piétons. Après avoir mangé un plat riz-port-soupe dans un boui-boui local pour 1 euro avec un coca, je me dirige vers le musée de la guerre. Se concentrant sur la période américaine (les Français sont presque étrangement épargnés), le musée est très partisan, logiquement pro-Vietnam. Mais lorsque tu montes au dernier étage et que tu vois l’exposition des malformés, rejetons innocents de l’agent orange, tu te dis que les Américains, en utilisant des produits chimiques, en tuant stupidement des civils, ont vraiment fait une sale guerre au Vietnam. Je retrouve le soir Rico et nous allons boire des bières. Puis manger dans un marché où je goûte une banh xeo, une crêpe garnie de viande et de légumes, délicieuse.

Pour mon troisième et dernier jour au Vietnam, je décide de partir sur les rives du Mékong à My Thô, pas loin d’Hô Chi Minh. Je prends une moto-drop qui m’emmène à la station de bus. Puis, ayant loupé l’arrêt de My Thô (pas évident dans un bus rempli de Vietnamiens qui parlent pas anglais), une moto-drop de la compagnie m’emmène prendre un autre bus, avant que celui-ci me pose à l’entrée de la ville. Je n’ai pas de plan. Et pas la moindre idée où est le Mékong. Je reprends une moto-drop, un gros moustachu qui me dépose dans un complexe touristique où sont vendus des tours en bateau. Ce sera la seule fois de la journée où je vois des Blancs, et bien entendu je refuse de partir sur un bateau rempli d’Européens.

Je pars à pied dans les rues de la ville, cherchant le centre, un marché, quelque chose à voir. Après 10 minutes où je commence à me perdre, un scooter s’arrête, et me dit « No money, no money ! ». Ayant un peu de temps, Phuong me propose de me faire visiter la ville, gratuitement, en échange d’améliorer son anglais, débutant. Proposition inattendue, j’accepte. Il me conduit alors dans un temple bouddhiste, avec une statue immense d’un Bouddha obèse. Puis, nous allons manger dans un restaurant local mais classe, à base d’anguilles vivantes et de légumes cuits à l’eau. Il me paye le repas malgré mon refus. Une amie nous rejoint. Puis, nous filons chez une autre amie, dans l’arrière-pays. Les habitants me regardent avec des yeux ronds, peu habitués au touriste. Génial. Attraction de Phuong et de ses amis, qui aiment parler anglais, je suis reçu comme un invité de marque : café glacé, prunes, thé, pop-corn, puis galettes de riz confectionnées par la maman.

Nous repartons en ville, boire du lait de coco le long du Mékong. Là, Phuong m’apprends qu’il gagne 200$ par mois en étant informaticien. A 33 ans, il est marié et futur papa. Je me sens gêné de cette générosité, encore plus lorsqu’il attendra une heure avec moi à l’arrêt de bus, pour être sûr que je monte bien dedans. Il me demandera de l’appeler lorsque j’arrive à Hô Chi Minh. « Pour me rassurer », me dit-il. Je lui promets de revenir le voir, peut-être dans « cinq ans ». Loin des pays occidentaux, avec un salaire de misère et une vie simple, les Vietnamiens, la main sur le cœur, ont tellement à nous apprendre… Lorsque de retour à l’auberge, Rico et Nicolas, son pote débarqué de France, m’accueillent avec du vin rouge, du pain de campagne et du camembert, coulant et en provenance de la petite fromagerie parisienne, je me dis que cette journée, où je fis la connaissance d’un véritable ami, ne pouvait mieux s’achever.

Mes deux dernières semaines en Australie : Melbourne, Alice, Uluru et Darwin

 

Après que la terre ait tremblé en Nouvelle-Zélande, j’arrive presque en sécurité en Australie, avec le sentiment étrange de rentrer à la maison. Mon avion atterrit en soirée à Melbourne, et n’ayant pas réservé, je tombe sur une auberge miteuse, chère, mais avec un lit de libre, en plein centre-ville. Après trois semaines épiques en Nouvelle-Zélande, où l’air est si pur, et les paysages, exceptionnels, le retour en ville, dans le bruit, la saleté et l’impatience, me conduit à rester seulement deux jours à Melbourne. La ville est géniale, le quartier de Fitzroy est rempli de cafés alternatifs, de librairies d’occasion et de pubs rock. Mais j’ai à écrire, et je décide d’aller me poser plus vite que prévu à Alice Springs, plus petite, plus tranquille. Quoi de mieux qu’une ville érigée en plein milieu du désert australien, dans le Centre rouge, capitale de la culture aborigène, pour prendre des claques de dépaysement ?

Dans l’avion entre Melbourne et Alice, je comprends alors l’expression « Le monde est petit ». Est assis à côté de moi, Eliott, Australien. Il a vécu deux à Lyon. Il a fait les mêmes études que moi, Sciences Po, dans la même université, Lyon III. Il était durant deux ans, employé du Johnny’s Kitchen, annexe culinaire du Johnny Walsh, bar où je traînais souvent pour les quiz épiques du dimanche soir. Finalement, plus à un point commun près, à près de 16 000 kilomètres de Lyon, il m’annonce qu’il est journaliste. Qu’il va faire un reportage télévisé sur une communauté aborigène, les Papunya, non loin d’Uluru (Ayers Rock). Journaliste freelance, il me donne des conseils pour se lancer. On se retrouvera dans la soirée, dans la même auberge, l’Alice Lodge Backpackers, pour partager un barbecue et une bière.

Au cours de cette soirée, je fais la connaissance de Mike, Néo-Zélandais de 29 ans. Alors que je me couche tôt, par souci de pauvreté, Mike, Eliott et la journaliste qui les accompagne, sortent dans Alice. Le lendemain matin, Mike a l’œil enflé et m’explique qu’il est tombé sur un groupe d’Aborigènes ivres. Ce n’est donc pas une légende : sortir à Alice Springs, seul et tard, est dangereux, probablement autant que de se balader seul dans une ruelle sombre d’Asie du sud-est ou d’Amérique du Sud. Et c’est un cercle vicieux : les Blancs et les touristes alimentent la peur, parfois une paranoïa, envers les Aborigènes, pauvres, alcooliques, qui renvoient eux-mêmes cette peur par un mépris, parfois une haine des Blancs. Car autant qu’à Darwin ou Katerine, les Aborigènes d’Alice Springs possèdent un niveau social, d’éducation et d’intégration peu développé. Combinant traditions – tous les week-ends, ils peignent à même le sol et vendent leurs peintures, leurs rêves – et triste modernité, l’alcoolisme (à 12h, il est impressionnant de voir les files d’attente devant l’ouverture du Bottle shop), ils donnent une impression, encore une fois, de se promener dans des rues d’un pays du Tiers-Monde. Malgré les efforts de certains gouvernements ou autorités fédérales, le problème des Aborigènes reste entier et grave en Australie.

Ayant quitté sa Nouvelle-Zélande natale il y a quelques semaines, Mike, qui a vécu 1 an en Allemagne, cherche à devenir pilote d’hélicoptère. Alors qu’il veut déposer des CV à Uluru – il a un pick-up – je décide de partir avec lui. Deux Stéphanoises, Sabrina et Emmanuelle, qui font un tour du monde et ont un avion à prendre à l’aéroport d’Uluru, décident de profiter de l’occasion pour sauter dans la voiture. Après 450 kilomètres dans le désert, je vois enfin le caillou, dont tout le monde parle, emblème de l’Australie et des cartes postales… Et il impressionne ! Dans l’horizon, Uluru est une masse presque rosée, un rocher plus haut que la Tour Eiffel, d’une circonférence de 9 kilomètres. Il y a de la puissance, et du purisme, dans ce paysage : Uluru, et le désert autour. Alors qu’il commence à pleuvoir – et que je me questionne quelles sont les « chances » de voir Uluru sous la pluie, mais j’abandonne de vérifier, partagé entre dépitement et amusement – le rocher prend cinq teintes différentes en deux heures. Au pied d’Uluru, le ressenti, malgré les groupes et les tours organisés, tend vers la grandeur et tout le poids de la culture millénaire qui en émane. J’étais presque parti avec un a priori d’Alice Springs, ayant entendu tout et rien à propos du rocher, des récits déçus, rêveurs ou blasés, et j’en suis reparti, charmé, impressionné et enchanté.

Nous passons une bonne soirée à jouer à un excellent jeu de carte népalais. Ce qui permet aux filles de placer un toujours classe « Quand on a fait un trekk de 9 jours au Népal ». Le lendemain, nous partons, après avoir dit adieu aux deux Françaises, vers Kings Canyon. Le canyon donne une vue incroyable sur le désert, et alors que tu marches à travers les roches oranges sous 35 degrés, une oasis, une rivière naturelle avec une petite cascade, permet de te baigner. C’est classe, pure et l’un des plus beaux sites d’Australie. Parfait : le petit caillou rouge et les rochers orange pour la fin d’une aventure incroyable en Oz.

Après avoir passé une semaine à Alice et écrit des articles pour Australia-Australie, passé pas mal de temps avec Mike, un gars génial, ouvert et généreux, bref Néo-Zélandais – qui me glisse l’anecdote pendant qu’un roux, employé de l’auberge, nous énerve fortement en essayant de vendre ses tours pour toucher une commission, qu’il appelle les Roux chez lui les Ginger (ou « Ginga ») Ninja (les « Ninja gingembre ») – je prends le Ghan, le train historique qui traverse le désert, jusqu’à Darwin. Pendant 24 heures, sur près de 1 500 kilomètres, le train, immense et classe, serpente à travers le bush. Trente minutes après avoir embarqué, j’aperçois un kangourou. Une heure après, un coucher de soleil exceptionnel s’avance, dans un ciel aux couleurs surréalistes, teinté de nuages menaçants et de rose-orangé.  Deux heures plus tard, les orages éclatent et les éclairs du Territoire du Nord déchirent le ciel obscur. Ce train sera une expérience superbe, confortable et moins cher que le bus ou l’avion.

Dans le train, n’ayant pas de batterie pour mon portable, j’ai le temps de penser. Mes deux derniers jours en Australie… Alors que les paysages, plats, désertiques défilent, j’essaye de me rappeler. 1 an de voyage, ça peut paraître long, mais le temps est passé tellement vite… Jamais je n’oublierais cette vue, onirique et épique, sur ce rocher sacré du Kakadu. Jamais je n’oublierais l’excitation une fois mon van acheté et les aventures de la côte est ; cette marche de trois jours à travers mangroves, rochers à pic le long de l’océan, cascade cachée et fourgon de police ; mais aussi les beautés de la Tasmanie, un Nouvel An rock’n roll et cette soirée « écologique » chez Rob… L’eau claire, paradisiaque des Witsundays ou du Ningaloo et ce rocher, rouge et puissant, rêveur et mystique, en plein milieu du désert… Et tous ces visages, ces rencontres, ces langages, ces cultures, des adieux, des retrouvailles et des tranches de vie qui marquent et qui ne s’oublient pas… L’Australie, c’est tout ça.

Et voici le meilleur pour la fin. Il me reste deux jours à Darwin avant mon vol pour Hô-Chi-Minh, au Vietnam. En parlant avec elle sur Facebook, Tou m’a alors proposé de venir la voir, à la ferme (de mangues). J’accepte. Titi, le neveu excellent, vient me chercher en sortant de la fac. Arrivé en soirée, Tou et Ian m’accueillent par un apéro au vin rouge sur leur toute nouvelle terrasse, au milieu des manguiers.  Je suis servi comme un roi, comme un invité de marque. Je retrouve le goût, forcément épicé, de l’incroyable nourriture thaïlandaise de la ferme, des soupes épiques et des viandes en sauces. Je dors, pour la première fois depuis un an, dans un lit 2 places. Le lendemain, par souci de payer tous ces services, j’aide Ian à l’atelier, et me sert pour la première fois de ma vie d’une scie à métaux (marrant). Et pour ma dernière soirée en Australie, Tou sort le grand jeu : barbecue, avec steaks sublimes, salade thaï, vin rouge (le meilleur que j’aurais bu en Australie), puis salade de fruits avec boule de glace à la vanille, et enfin, shooter de whisky offert par Ian, tel le digestif entre hommes (pas du Clan Campbell, hein, on se comprend)… Au cœur de cette famille australo-thaïlandaise, mon voyage en Australie ne pouvait mieux finir… Et lorsque Titi m’amène près de l’aéroport le lendemain matin, je reste silencieux, égaré, avec nostalgie, dans la terre rouge australienne.

A travers la Terre du Milieu, chapitre III (Wanaka-Christchurch)

Je me dirige vers Wanaka. La région, montagneuse et naturelle, qui part sur l’ouest de l’île du sud, est réputée comme l’une des plus belles de Nouvelle-Zélande. Peter, ancien employé des National Parks, qui m’a pris en stop quelques jours auparavant, m’a indiqué des marches épiques, d’une ou deux journées… « Sûrement le plus bel endroit au monde », m’avait-t-il avoué avec un sourire.

De Queenstown, je patiente 10 minutes au bord de la route avant que Suzanne, Néo-Zélandaise d’origine libanaise, me dépose à la jonction pour Wanaka. Trois voitures plus tard, un couple de jeunes Anglais s’arrêtent. Ils sont chirurgiens à Londres, sympas et intéressants, et se rendent au mariage d’un ami. Ils ont vécu 18 mois en Nouvelle-Zélande, 6 mois à Darwin et 3 mois au Rwanda pour Jim. Jim me parle d’une envie de pratique en Afrique.

Wanaka est un petit Queenstown, plus habitable. Moins couru, plus petit, le village, implanté autour de son lac et de ses montagnes, dispose pour autant de tous les services de base : auberges, magasins, supermarché, bars, restaurants. Malheureusement, le temps est gris, et les prévisions pour les prochains jours sont mauvaises et pluvieuses. Je me renseigne au centre d’information des National Parks sur les marches possibles malgré le temps. Une randonnée de deux jours, dans la Matukituki Valley, est ouverte, mais la possibilité de ne rien voir, avec la pluie, avec la brume, est bien présente. Je dois en plus faire du stop sur une cinquantaine de kilomètres dans un endroit perdu, et il me reste peu de temps en Nouvelle-Zélande. Le lendemain, le manque de motivation est très fort et je continue ma route vers l’ouest.

La magie du stop : je recroise Linda, une Allemande qui m’avait débloqué du Mont Cook. Elle me dépose quelques kilomètres après la bifurcation pour la côte ouest. L’endroit est perdu. Une boîte aux lettres et des collines verdoyantes à perte de vue. J’attends presque deux heures après m’entre temps assis, pour lire (Frankestein, acheté $2 à l’Armée du Salut en Australie), pour manger, le pouce toujours tendu. Mon sauveur vient d’Israël, comme Jésus, et se prénomme Guy. Dans son  van rouge, Guy est peut-être le seul touriste présent en Nouvelle-Zélande à trouver ennuyeux les paysages de la Terre du Milieu. Mais il est sympa. On parle pendant un moment du conflit Israélo-Palestinien avant de tourner la conversation vers le physique des Françaises et les falafels. On restera ensemble pendant presque 300 kilomètres, jusqu’à Franz Joseph.

Franz Joseph est un village, devrais-je dire une rue, bâtie pour les touristes. Tours opérateurs, hôtels et cafés onéreux se succèdent. Car à quelques kilomètres de la route, se dresse un glacier, accessible du village après deux heures de marche. Dans la vallée, au pied du glacier, avec le vent et la vision de cette « chose » bleutée et glacée, les sensations sont déroutantes. J’ai réussi la prouesse en un an, de ne prendre aucun tours organisés en Australie, je ne mettrai pas plus ici, des centaines de dollars, pour monter sur la glace avec des dizaines de touristes en chemise bleue, afin de gagner un t-shirt à l’arrivée et une photo-souvenir sûrement payante. La marche et la vue suffisent pour lancer un énième « Waouh » néo-zélandais.

Le lendemain, nous sommes quatre, en ligne, sur cent mètres, à faire du stop en direction du nord. Mais je suis arrivé le premier et après une heure et demie, une voiture s’arrête. Yvette, Néo-Zélandaise, me dépose quelques kilomètres plus loin, au milieu de rien. Il commence à pleuvoir, il fait froid, mais une berline stoppe rapidement. A l’intérieur, se trouve peut-être ma plus belle rencontre du voyage.

Hams a 40 ans et il est Autrichien. Après avoir vendu son Bier Garden à Vienne, il s’est enfui pour un an à travers un tour du monde (Indonésie, Australie, Nouvelle-Zélande, Fidji, Hawaï). Ses paroles sont belles, optimistes et sonnent justes : « Avec la vente de mon bar, j’ai vendu mes responsabilités. C’est fou : on m’a payé pour ma liberté ». Doté d’un réel humour et d’un amour pour la vie, Hams prend son temps, se balade et s’arrête au gré de son guide ou de ses rencontres. Nous stopperons à un café type bushman, réputé pour ses possums pies (« tourtes à l’opossum »). Le restaurant cuisine en effet toutes sortes de nourriture exotique, sauvage, et ramasse les opossums tués sur la route pour garnir ses tourtes ! Mais ce jour-là, les opossums manqueront à l’appel et Hams devra se contenter du café que je lui offre.

Plus loin, à Hokitika, nous croisons deux filles, Suisse et Allemande, que Hams connaît. Nous mangeons dans un café et partageons une bière. L’Allemande, Edwige, la trentaine, après un accident et une perte d’argent conséquente, est totalement désabusée de la Nouvelle-Zélande et parle, amère, des excès du tourisme dans ce pays : « Tout est fait pour que tu dépenses ». Il est vrai qu’en Nouvelle-Zélande et encore plus en Australie, le tourisme, l’un des principaux moteurs de l’économie de l’Océanie, est exacerbé et ennuyeux. Parfois, cela dénature le charme d’un paysage, d’une montagne, d’une barrière de corail. Mais c’est probablement le seul gros défaut que j’ai trouvé en un an de voyage, et celui-ci peut se contourner si on en est averti.

Je prends un réel plaisir à parler de philosophie du voyage avec Hams, de ce que celui-ci apporte, une curiosité, un esprit plus ouvert, plus réceptif, plus tolérant. J’évoque ce premier pas, cette peur que j’avais, un an auparavant, à partir seul, dans l’inconnu, et que passé cette étape, le voyage déroule, facilement, et délivre toutes ses rencontres et ses expériences. Le voyage n’est propre qu’à lui-même et le théoriser, c’est avant tout le vivre. Hams me dépose à Greymouth et continue sa route vers le nord.

Quelquefois, tu te dis qu’une décision peut changer ta vie. Après avoir passé la nuit dans une superbe auberge à la décoration africaine, bu des bières avec Yair, Israélien et compagnon de stop puis regardé Fight Club dans la salle TV, mon plan était de partir, le lendemain, en stop, sur Christchurch en ce 22 février 2011. Mais ce matin-là, comme l’annonce d’une sale journée, il pleuvait. Mon avion pour Melbourne était deux jours plus tard : je décidai de rester une journée de plus.

 Je passe la journée à la bibliothèque. En début d’après-midi, alors que je discute avec deux Français, j’ai l’impression qu’un idiot est en train de bouger ma chaise. Puis, la vibration durant (peut-être 10 secondes), je me rends compte que c’est (juste) un tremblement de terre. Une employée de la bibliothèque vient nous voir et nous dit que la connexion Wi-Fi est coupée car il y a eu un tremblement de terre à Christchurch, et que le serveur est là-bas, à 250 kilomètres. Une demi-heure plus tard, alors que la connexion revient, les premières news arrivent, puis les photos. Des bâtiments sont renversés… Tout laisse à penser que le séisme était plutôt important.

Pour autant, je quitte la bibliothèque, je me fais un ciné (« 127 hours »), et j’oublie plus ou moins la catastrophe. Le lendemain, je commence le stop, une Néo-Zélandaise me dépose à la jonction pour Christchurch, avant que des jeunes Néo-Zélandais, super sympas, nous glissent dans leur voiture, moi et Yair. Dans une ambiance de bonne musique et d’herbe, le drame paraît loin. Creedence Cleerwater Revival annonce la couleur avant un parfait Immigrant Song de Led Zep. Sur cette route, près d’Arthur’s Pass, les paysages sont déments. Des collines infinies, jaunes pâles, des rivières pures et claires… Et la route qui serpente, limpide, intégrée dans le paysage. L’ambiance est paisible et nous nous arrêtons pour une pause dans un village. Là, j’achète le journal. Et je comprends.

Déjà 65 morts. Des maisons ravagées. « Our worst day », titre The Press. Le clocher de la cathédrale, sur la place du centre, est tombé. Sur Gloucester St, cette même rue où j’avais mon auberge et je faisais du skate trois semaines auparavant, on a retrouvé le corps d’un backpacker, mort dans son van. Les jeunes néo-zélandais continuent à fumer des joints et l’auto-radio diffuse les chansons stupides (non-moins géniales) de Jack Black à travers Tenacious D. Arrivés à Christchurch, ils me déposent à l’entrée du centre-ville, qui est bouclé par l’armée. Je me sens perdu. Je demande à un militaire comment accéder au centre, il me dit que ce n’est pas possible. Je n’imaginais pas, naïvement, que la catastrophe était aussi grave. Je réfléchis. Pas d’endroit pour dormir. Je décide alors d’aller à l’aéroport. A la station-service, alors que je m’achète un coca, une autre secousse, mignonne, s’abat. Le caissier sourit, c’est normal. Je demande où je peux trouver un taxi, les bus ne circulant pas. Une femme m’ayant entendu décide de me prendre sous son aile, et me propose de m’emmener à l’aéroport. Le nom dette personne formidable : Emily.

Emily aide déjà une  Allemande en lui prêtant un bidon pour chercher de l’essence à la station. Nous passons prendre son petit ami, professeur à l’université, et nous nous dirigeons vers l’aéroport. « C’est sur mon chemin », me rassure-t-elle. Mais avec son dévouement incroyable, j’ai beaucoup de mal à la croire. Elle est docteur en acupuncture  et a voyagé pendant une dizaine d’années en Europe. Elle est optimiste et souriante malgré les circonstances. Elle me parle de cette rencontre un peu plus tôt avec un Roumain, qui avait vécu le tremblement de terre de 1977 en Roumanie et qui avait fait 1600 morts. Il lui a dit : « A Christchurch, vous êtes bien. » Sur le chemin, il n’y pas une rue sans une maison détruite, les bâtiments historiques de vieille architecture anglaise sont tombés. Emily me dira : «Christchurch est la ville qui compte le plus de bâtiments historiques en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, ils sont démolis. On va reconstruire, moderne… Il faudra beaucoup de temps. » Nous passons à côté d’un bar, abattu. Et Emily de commenter, triste  « C’est la deuxième fois qu’ils sont touchés. Ça va être dur pour eux… » Il y a des queues de voitures devant les stations-services et les habitants font des provisions, par peur d’une autre secousse. Emily m’explique que ce séisme, de magnitude 6.3 était d’une intensité moins forte que celui de septembre, de 7.1. Mais étant plus près de la terre, les dégâts sont bien plus importants. Après m’avoir proposé de l’eau, des pommes séchées et son numéro de téléphone pour passer la nuit chez elle en cas de problème, nous nous disons au revoir, et je la remercie chaleureusement. Jamais je n’aurais imaginé que ma plus belle expérience de vie, ces 2 000km de stop à travers la Nouvelle-Zélande, s’achève à travers les ruines d’une cité meurtrie.

Je passe la nuit à l’aéroport, plutôt plein. L’Armée du Salut offre des couvertures, des barres de céréales, de l’eau. En soirée, une autre secousse, gentille, intervient. Mais l’atmosphère, comme dans la ville, est calme, sereine. Il n’y a pas de panique. Les gens sont habitués et philosophent. Plus que jamais, les Néo-Zélandais, peuple méconnu au bout du  monde, généreux et accueillants, méritent des éloges et un profond respect.

A travers la Terre du Milieu, chapitre II (Mt Cook-Milford Sound-Queenstown)

Mon sac est posé au bord de la route. Le temps est gris et la brume, qui encercle les montagnes, derrière les prairies jaunes, peint un tableau mystérieux, coloré et lyrique. Près du mont Cook, les voitures sont rares, j’attends une heure avant que deux filles, Amanda et Linda, Américaine et Allemande, s’arrêtent, avant de me déposer à la jonction pour Queenstown. Encore une fois, l’ambiance est plutôt déserte, et il faudra une heure avant qu’une vieille Nissan blanche stoppe. Le conducteur est un Néo-Zélandais de 26 ans, Peter, qui travaille dans l’environnement. Ancien employé des Nationals Parks, il me donne des marches sympathiques à faire, un film à voir (« Whale Riders ») et un livre à lire (« A Good Keen Man »), afin que je m’imprègne de la culture kiwi. Et m’indique, pour l’anecdote, le lieu de tournage du Rohan (Seigneur des Anneaux). Il me dépose à Cromwell, à une heure de Queenstown où j’attends 40 minutes avec un Allemand avant qu’un couple de Néo-Zélandais nous glissent dans leur berline. Le conducteur, aux origines maoris, évoque le saut à l’élastique de Queenstown, le plus haut du monde, nous confiant le fait sympa que si tu sautes nu, l’attraction devient gratuite.

Queenstown. Une ville en mouvement, sorte de centre commercial pour la randonnée et les sensations, avec ses boutiques pour montagnards, ses sauts en parachute ou en parapente, ses tours en jetboat… Ses rues animées de restaurants, de pubs, de boutiques de souvenirs… Autour d’un lac et de montagnes en surplomb. Sûrement sympa si tu sors, mais avec mon budget pauvre, je n’ai pas plus aimé que ça. Fortement conseillé par Linda, je m’essaye juste au Fergburger, connu de tous les backpackers de Nouvelle-Zélande. Le restaurant, ouvert sur la rue, est toujours bondé. Tu dois attendre 20 minutes pour ton burger, mais attention, ceux-ci sont déments… Rarement, je n’aurais mangé un aussi bon burger, dans le haut de ma liste assurément.

Je reste deux nuits à Queenstown. Puis, je me dirige vers Te Anau, dans le sud-est du pays. Je suis pris en stop par deux Néo-Zélandaises surexcitées (anecdote : l’une des deux filles a un chien qui s’appelle Mohamed Ali et un cheval au doux nom de Guinness), avec un Brésilien surfeur comme compagnon de route. Puis, par un Australien d’origine suisse venu pêcher en Nouvelle-Zélande. Enfin, par deux Anglaises, en van. A Te Anau, je me renseigne sur les marches à faire, notamment la Kepler Track. Pour cette dernière, classée parmi les « Great Walks » de Nouvelle-Zélande, longue de 60 kilomètres, il faut débourser 150 dollars pour dormir dans les huttes sur le parcours. N’ayant pas ce budget, j’opte pour faire juste un bout de la marche, qui mène à un lac et une hutte à 5 dollars la nuit.

Je pars donc le lendemain pour 36 kilomètres aller-retour. Le paysage est globalement de la forêt, qui serpente à côté de la rivière Anduin du Seigneur des Anneaux. Je passe la nuit dans la hutte  avec un Israélien et un couple de Néo-Zélandais, près d’un lac magnifique avec les montagnes du Fiordland National Park en arrière-plan. Le lendemain, je repars par le même chemin vers Te Anau, un peu ennuyeux puisque déjà fait la veille (mais c’est le labeur des voyageurs pauvres).

Je me dirige pour Milford Sound et trouve une place dans le van d’un Autrichien. Sur place, la plupart des marches sont longues ou éloignées du village. Mais il y a le fjord, je prends des photos, reste émerveillé devant, et rentre à l’auberge. Le lendemain, et pour la première fois en Nouvelle-Zélande, j’échoue à faire du stop, battu par les sunflies(mouches horribles) et le manque de voitures au milieu de nulle part. J’attends une journée de plus, rencontre à l’auberge trois Français bien sympas, dont Etienne, journaliste cinéma pour MK2, qui passe son après-midi à écrire un reportage sur le piratage pour France 4, et bonne source d’informations pour les piges et le journalisme en général. Finalement, j’attrape un siège dans la voiture d’un groupe de cinq Français allant à Queenstown. Sur le chemin, nous passons par le Marion Lake, un lac superbe, d’un vert peu commun avec les montagnes et la brume en arrière-plan. Les Français me posent à Queenstown, je reprends un Fergburger (étape obligatoire), et me prépare, tranquillement, après déjà plus de 1 000 kilomètres en stop à travers la Terre du Milieu, aux paysages sauvages de la côte ouest.

A travers la Terre du Milieu, chapitre I (Christchurch-Mt Cook)

 

J’arrive à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 4 février à 23h. Dans un premier temps, j’envisage de dormir à l’aéroport, mais après avoir consulté une brochure d’une auberge ouverte 24h/24, je décide de prendre la direction du centre-ville. A l’arrêt de bus, je rencontre un Allemand, qui parle beaucoup trop et qui connait encore peu mon intolérance récente (trop, mais alors beaucoup trop d’Allemands en Australie) envers nos amis germaniques. Nous arrivons devant le backpack, lequel est fermé à cause du séisme qui a sévit lourdement deux mois plus tôt. Pendant deux heures, en pleine nuit, nous cherchons la moindre auberge ouverte, en vain. Vers 2h du matin, des Néo-Zélandais éméchés nous indiquent une auberge : la Base, moche et chère.  Pas le choix, nous dormons là-bas.

Le lendemain matin, je trouve une auberge bien plus accueillante, la Kiwi’s House, et m’y installe pour 4 jours. Je rencontre un Français, Pierre, mon âge, qui parcourt le monde pendant en 1 an. Après avoir travaillé deux ans comme journaliste à La Voix du Nord, il a décidé de prendre un an off et avant la Nouvelle-Zélande où il a prévu 2 mois, puis l’Amérique du Sud, sa prochaine destination…  Il a traversé la Mongolie et dormit dans des yourtes, embarqué sur des péniches de locaux au Cambodge, voyagé en 4×4 sur des routes impraticables en Australie… Ses carnets de voyage font rêver, donne des envies d’ailleurs, et renforce l’idée que l’on veut toujours être là où on ne l’est pas.

Sentiment étrange !  Me voici dans un autre pays après plus de 10 mois en Australie… La Nouvelle-Zélande… Que connait-on après tout de cette terre du bout du monde à part Le Seigneur des Anneaux, les moutons, les All Blacks ? Pas grand-chose… La culture est en fait très proche de l’Australie, à forte influence anglaise (surtout à Christchurch avec l’architecture victorienne), mais la nature, l’environnement, et les habitants, les « Kiwis », sont bien différents. Les Australiens ont ce côté américain, un peu cliché parfois, de celui qui n’est jamais sorti de chez lui, et qui vit très bien dans son pays, immense. Les Néo-Zélandais,  qui habitent un petit pays, paraissent plus ouverts et curieux des autres cultures.

Je reste à Christchurch (très belle ville malheureusement endommagé par le tremblement de terre) quatre jours, le temps de recharger les batteries après une semaine de road trip et presque un mois de ferme, le tout avec des conditions de sommeil plutôt exécrables (la pluie, le froid, la Vendée). J’écris des mails, des piges, publie des photos… Toutes ces choses qui prouvent que tu es bel et bien vivant. Puis, la veille de mon départ, j’essaye de planifier mes deux semaines de trip dans l’Île du sud. Je choisis de ne pas aller sur l’Île du nord car les paysages fous paraissent plus au sud (les locaux me le confirmeront plus tard) et le temps m’est compté (on m’a obligé de prendre mon billet retour à Melbourne). L’idée est la suivante : 1000$ (600 euros) pour 3 semaines, tout faire en stop, afin de ne pas payer les transports, et ce qui représente une excellente manière de rencontrer les locaux.

Le 9, je prends un bus pour sortir de la ville. J’attends 10 minutes. Une voiture avec une remorque s’arrête. Le conducteur, Néo-Zélandais, me dit de sauter dans la voiture. A l’intérieur, deux amis, types ouvriers du bâtiment. Celui à l’avant boit une bière. Il est 11h du matin. Une voiture de police s’arrête derrière nous. Le chauffeur sort en jurant. Il y a un problème avec la remorque, et le conducteur cherche pendant cinq minutes une clef. Le policier vient me voir, et me dit que continuer avec eux est « unsafe » (« pas sûr »). Avant que j’ai le temps de décider de quoi que ce soit, le chauffeur ferme la porte et lance une sorte de « bullshits » (« foutaises »). Bon, je reste quand même, par respect : il s’est gentiment arrêté pour me prendre, même s’il est bizarre. Sur le trajet, le conducteur, rasé avec une crête, je précise, dit 100 fois « fuck », jure, paraît stressé, et j’évite 10 accidents en une demi-heure, tout en souriant à ses blagues que je ne comprends pas (accent néo-zélandais fou).

Il me dépose dans son village. J’attends 10 minutes, et un homme en 4×4 s’arrête. Néo-Zélandais encore, ancien ingénieur à la retraite, il prend en photo des motards, son hobby. Nous discutons pas mal, surtout lui, qui a un vrai besoin de compagnie. Très sympa, il me dépose à la jonction pour le lac Tekapo. J’attends 10 minutes. Une maman Néo-Zélandaise, en berline bleue azur, son bébé de 6 mois à l’arrière, s’arrête. Je monte et nous parlons de tout : Seigneur des Anneaux, France, journalisme… Je lui paye un café, elle me donne le numéro de son frère, qui a un près mon âge et qui habite Queenstown. Elle m’indique des endroits sympas. On échange nos contacts et me dit que suis le bienvenue chez elle, de lui faire signe si j’ai un problème sur la route. Au lac Tekapo, elle me dépose devant une auberge et attends dehors le temps que je sache si le backpack est plein ou non. Sa générosité est sans limites.

Le lac Tekapo ! Mais quelle claque ! La couleur du lac est invraisemblable : un bleu turquoise presque fluo, probablement le genre de couleur que seule la Nouvelle-Zélande peut offrir. J’escalade la montagne aux abords du lac, qui m’offre une vue incroyable. Avec les collines à l’herbe jaunie et les montagnes derrière, on pourrait facilement imaginer Gimli, Legolas et Aragorn courir dans la plaine. La nuit, par temps clair, l’observation des étoiles au-dessus du lac est une attraction : avec cet air si pur, des milliers de points brillent dans le ciel.

Le lendemain, je retends le pouce en direction du Mont Cook, le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande. Là, j’attends peut-être 5 minutes avant qu’un couple de Néo-Zélandais me prenne dans leur caravane. Ils me déposent à la jonction pour le Mont Cook. Puis, une voiture qui m’a vu descendre, m’attend au bord de la route. Dans ce pays aux paysages irréalistes, c’est comme si les véhicules se pressaient pour s’arrêter, heureux… Ames généreuses, pures, simples ! La voiture est une berline blanche, la conductrice, une Italienne d’une trentaine d’années. On s’arrête sur le chemin pour prendre quelques photos… Le paysage est si Seigneur des Anneaux… herbe jaune, montagnes aux pics enneigées, et cette brume environnante… L’après-midi, je choisis de faire l’une des marches, la plus pentue (3h aller-retour), qui m’offre des points de vue exceptionnels. En rentrant, je suis obligé de m’avouer qu’en une semaine, la Nouvelle-Zélande vient d’abattre 10 mois de paysages australiens…

1 mois entre une ferme, l’ouest de la Tasmanie et la Great Ocean Road

Après quelques jours au Pickled Frog, sûrement la meilleure auberge que j’ai pu faire en Australie, avec ses tables en bois, ses bières pas chères et son ambiance de petit chalet de montagne, Fred, ami de trip, prend la direction de la Thailande. Je reste avec Carl et Vincent, et nous nous mettons dans l’optique de travailler. Presque quelques secondes plus tard – ce qui confirme que trouver du travail en Australie n’est pas si difficile – nous répondons à une annonce, et nous nous retrouvons, trois jours plus tard à Westerway, entre Hobart et Launceston, dans une ferme de framboises.

J’y reste trois semaines. Nous dormons en tente gratuitement dans un champ avec douche et barbecue. Dans le camp, un Indien Canadien, un Italien, un Anglais, des Français, des Asiatiques. Rob, le fermier et Richard, son fils et manager de la ferme, nous rincent constamment : barbecues gratuits avec bières fraîches, repas gastronome dans leur maison… Bref, encore une fois, je tombe sur une ferme avec des patrons incroyables. Les travaux sont variés : picking de framboises, de mûres ou de cassis, jardinage ou packing… En trois semaines, en ne dépensant rien, j’économise une bonne petite somme, comparable à ce que peut gagner un cadre en France. Et je fais la connaissance de Shane : lors d’une session ramassage de bois en forêt pour un feu géant, le Canadien, descendant de la tribu des Grizzlis, poussait les arbres… à la main. Rien que pour ce souvenir, de celui qui rentrait avec le plus gros tronc dans le camion, autour d’Australiens du terroir, la ferme restera gravée dans ma mémoire.

Nous rentrons une journée à Hobart et louons, toujours avec Carl et Vincent, une voiture pour quatre jours à travers l’ouest tasmanien. Quatre jours sauvages où, comme souvent en Tasmanie, tu prends une claque avec les paysages. Juste avant Strahan, petit port mignon et touristique, nous prenons une Boag’s (meilleure bière de Tasmanie) au comptoir d’un pub typique dans la moche, désolée et minière Queenstown. Nous enchaînons par un parc national fou : le Cradle Mountain. Entre lacs, montagnes et collines aux couleurs irréalistes, le Cradle, refuge d’une marche mythique de 80 kms, l’Overland Track (que je ne ferais pas, faute de temps et de moyens), est probablement le parc le plus dépaysant de Tasmanie. Nous marchons une journée, montons au sommet du Cradle (1500m), croisons le rare diable de Tasmanie (qui en fait n’en est pas vraiment un, mais un quoll, espèce très proche), deux wombats, un wallaby obèse, et apprécions la jouissance d’un bon barbecue en soirée.

Nous longeons la côte du nord-ouest et restons muets depuis le sommet du volcan The Nut à Stanley. Par deux côtés, deux bandes de plages avec une mer magnifique… Au milieu, la campagne verdoyante…  En roulant de manière assez soutenue, nous sommes le lendemain au sud-est dans le Tasman National Park, pour voir la plus grosse vague d’Australie à Shipstern Bluff… Après deux heures de marche, la vague, qui obéit à des conditions de houle incertaines, est malheureusement moyenne, mais le panorama, à base de falaises déchiquetées, est encore une fois dément.

Pas de répit, nous rendons la voiture et prenons l’avion pour Melbourne. Nous louons directement une voiture à l’aéroport pour trois jours sur une route vendue comme l’une des plus belles au monde : la Great Ocean Road. De Torquay à Warrambool, sur 250 kilomètres, la B100 longe le Pacifique, alternant plages et falaises abruptes. A Torquay, capitale du surf dans le Victoria voire en Australie, les marques comme Rip Curl ou Billabong possèdent des magasins immenses. En entrant dans le shop Quiksilver, une affiche géante de l’icône de la marque, Kelly Slater, donne le ton. Carl et Vincent ayant déjà le leur, je craque pour une longboard de chez Globe. Le design, old-school et épuré, fait penser aux premiers skates, type Rodney Mullen ou Seigneurs de Dogtown. Proche du skate par la taille et la technique, mais possédant des roues de longboard, la planche donne des sensations de vitesse incroyables, et nous passons une après-midi à faire du skate à Apollo Bay.

La Great Ocean Road n’est pas qu’une légende. Cette route est superbe, et son spot touristique, les Douze Apôtres, des rochers détachés de la falaise dans l’océan, majestueux et impressionnants, donnent des envies de silence. Sur la route, des koalas ou des chutes d’eau dans le National Park, apportent leur lot d’exotisme. De retour à Melbourne, après un mois de manque de sommeil dans une tente humide, puis une semaine dans une voiture trop petite, et à quelques heures de mon vol pour la Nouvelle-Zélande, je suis serein, et dépaysé comme jamais.

 

Deux semaines en Tasmanie

En arrivant à l’aéroport de Hobart, capitale de la Tasmanie, au milieu de sapins et de montagnes, tu sens déjà que tu n’es plus sur le mainland australien. Les gens mettent des pulls en été et il pleut, souvent.

Je rejoins Fred, Montpelliérain rencontré à Darwin, au Pickled Frog Backpackers. Pendant deux jours, nous préparons notre road trip que nous voulons nous faire sur la côte est : location de voiture, nourriture, bières, trajet. Nous trouvons probablement la dernière voiture à louer d’Hobart, à trois jours de Noel, et à une semaine des deux plus gros évènements de l’année en Tasmanie : le Falls et le Taste Festival.

Pendant cinq jours, et sur 1 300 kilomètres, la Tasmanie dépaysa, et de manière assez incroyable. Petite Nouvelle-Zélande, l’île-Etat est un contraste fou de plages de sable blanc au bord de collines verdoyantes type campagne, de lacs, de montagnes et de cottages écologiques aux maisons colorées. Juste suivre la route, croiser des kangourous, des échidnés (vivants), des diables de Tasmanie (morts), suffit pour en prendre plein les yeux. D’Hobart, nous partons vers le sud et Port Arthur, pendant longtemps importante prison australienne. La visite, à 30 dollars minimum, ne vaut pas vraiment le coup. Puis, nous longeons la côte vers le nord et passons une journée dans le Freycinet National Park. Le parc, magnifique, est connu pour une plage superbe, en forme de verre à vin, Wineglass Bay. La plage, de sable blanc forcément, est entourée de montagnes arborées. Sur le sable, un touriste asiatique nourrit un bébé wallaby.

Après une nuit dans la superbe Bay of Fire, nous passons le réveillon de Noel dans un pub irlandais, à Launceston, à coup de whiskys, bières et de musique rock. Le lendemain, nous prenons la direction de la partie sud du Craddle Mountain, aux abords du lac Saint-Clair. Puis nous revenons sur Hobart, tranquillement, après 5 jours sereins à la campagne.

De retour au Pickled Frog, nous faisons la connaissance de deux Vendéens, fans de bodyboard, Carl et Vincent. Avec eux, nous nous dirigeons en stop vers Marion Bay, pour le Falls, festival de musique et d’arts plutôt porté sur le rock. Pris en van par des jeunes aussies bien sympas, nous dormons, Fred et moi, sur la plage près du site, pendant que les Vendéens se préparent à travailler comme faiseurs de pizzas.

Pendant trois jours, j’assiste au meilleur festival de musique que j’ai jamais fait (en même temps mon expérience se compose « uniquement » des Eurockéennes et du Sziget). De taille relativement moyenne (16 000 personnes, 2 scènes), le Falls est un petit village à l’ambiance quiète où tu te poses tranquillement dans l’herbe en écoutant la musique, l’océan en contrebas. En plus du son, le voler « arts » comporte la projection de films et un village avec spectacles de cirques ou théâtraux. La programmation, essentiellement rock, combine de la musique locale, tasmanienne ou australienne, aux têtes d’affiches internationales. Mon top 3 pour ce Falls 2010 : The National, incroyable rock, posé, américain, avec un chanteur au charisme génial, en costar-cravate, la petite barbichette, trentenaire, calme, type professeur d’université. Leur dernier album, High Violet, est à écouter absolument. Derrière, Joan Jett, juste la classe. A 50 ans, elle envoie encore du rock comme jamais. Son « I Love Rock’N Roll » en live restera l’un de mes meilleurs souvenirs de concert. Enfin, Public Ennemy : les rappeurs old school ont envoyé du lourd et mis une ambiance folle, qui a touché son appothéose lorsque le DJ a mixé avec Nirvana et les White Stripes. Sinon, les prestations d’Interpol, des Klaxxons, d’Angus et Julia Stone, de Tame Impala et d’Hot Hot Heat étaient très sympas. Et globalement, juste le plaisir de passer un Nouvel An en chemise à écouter du rock, restera une expérience fabuleuse.

A notre retour, l’auberge de jeunesse est pleine. Le gérant du Pickled Frog, Rod, nous propose alors, avec une dizaine d’autres backpackers, de dormir chez lui, gratuitement, dans son jardin. A une heure d’Hobart,  sa maison est au milieu d’un champ, entouré de sapins, avec vue sur un lagon. Une retraite idyllique. Chercheur dans l’environnement, Rod a entièrement pensé sa maison lui-même avec l’aide d’un ami français. Pas de chauffage, grandes baies vitrées pour attirer le soleil, barbecue en terre cuite… Nous passons une bonne soirée autour de la famille et de la profonde gentillesse de Rod, qui nous accueille chez lui, dans son foyer, avec ses enfants. Le soir, nous faisons nos pizzas nous-mêmes, et dégustons un punch bien corsé. Le matin, un café maison et des toasts avec œufs aux plats nous attendent sur la table. On est le 2 janvier 2011, et pour les premiers jours de la nouvelle année, je me rends compte, si ce n’était pas déjà fait, de l’incroyable générosité du peuple australien.

Une semaine, de Perth à la Tasmanie

Je m’envole pour Adélaide, capitale du South Australia. Globalement inintéressante et pas très jolie, la ville n’a pas grand-chose à offrir. Mon pass de bus étant valable encore une semaine, je décide de partir au nord, en direction de Coober Pedy. Située en plein milieu du désert, au milieu de rien sur la route d’Alice Springs, la ville est connue mondialement pour ses opales, pierres scintillantes aux tons bleu-vert. Connaissant des températures brûlantes la journée et des nuits glaciales en hiver, les habitants, essentiellement mineurs, se sont retranchés dans des dugouts, des habitations troglodytes, sous terre donc. En arrivant à 5h du matin en bus, je suis un barbu au chapeau pointu, gérant d’un backpacker aux dortoirs souterrains.

Je reste deux jours dans la ville typique de l’outback, entourée de terre rouge et aride, vraiment dépaysants. Le thermomètre approche les 40 degrés. Un groupe d’Aborigènes discutent près d’un puits. D’un point de vue, la ville a des allures de film de science-fiction, avec ses mines et le désert rougeoyant tout autour. Pour cause, la région est le lieu de tournage de Mad Max 3 et Pitch Black, des films post-apocalyptiques, aux décors désolés et dévastés. Au backpack, je fais la connaissance de Roberto, Espagnol d’une quarantaine d’années qui parcourt le désert de Darwin à Adélaide, l’Australie du nord au sud, en vélo. Une odyssée de 3 000 kilomètres, avec parfois plus de 200 kilomètres sans habitations ou même une station-service. Sur un mur de l’auberge, je me rends compte de la folie du désert, et des destinées exceptionnelles qui l’accompagne : une Japonaise, relate le journal, a traversé, sur la même distance du nord au sud, le désert… à pied, en poussant un caddie rempli de vivres et d’eau. Juste fou. Et génial en même temps.

Après deux jours à Coober Pedy, je reviens sur Adélaide où ma malchance, qui avait commencé à frapper sur la côte ouest (appareil photo endommagé de manière inexplicable, mp3 et chargeur de téléphone portable perdus), frappe comme jamais. En me baladant dans la rue, je me fais voler mon portefeuille. Mais je ne m’en rends compte qu’à l’intérieur du bus pour Canberra, ma prochaine destination. Mes deux cartes bancaires, française et australienne, sont à l’intérieur. En panique, je demande au chauffeur de m’arrêter dans une petite ville, Berri, pour faire opposition. Dans la hâte, j’oublie mon skate, acheté un mois plus tôt, dans le bus. Ma plus grande erreur en Australie : ouvrir un compte dans une banque présente uniquement dans les grandes villes, la Citibank. Stupide. Évidemment, la banque n’est pas à Berri. Je me rends à la NAB, une banque partenaire, qui ne peuvent me donner du cash. On est jeudi. Aucuns moyens de retirer de l’argent. Je n’ai pas de monnaie, mais deux paquets de noodles, un cookie de chez Subway, une boîte de thon et de la sauce barbecue. Et heureusement un pass de bus à kilomètres illimités. Le prochain bus est le lendemain. Je pose ma tente derrière un buisson à côté d’une rivière.

Le lendemain, je décide de prendre un bus pour Sydney, ayant ma banque sur place. Le problème : le temps que j’arrive là-bas, on est samedi et, forcément, la banque est fermée. J’ai faim. Rien mangé depuis 24 heures. Mais après 9 mois, mes capacités de connaissance du pays et de débrouillage sont plutôt développées…  Je me nourris alors au refill gratuit de coca au Hungry’s Jack, et déniche un pot de beurre de cacahuète en free food dans une auberge de jeunesse. Je vais à la bibliothèque et peux me connecter gratuitement à Internet. Je contacte un ami rencontré dans les mangues à Darwin, Guili, alors sur Melbourne. Le soir, je prends un bus de nuit pour Melbourne. Le lendemain, Guili me prête 100 dollars en attendant l’ouverture des banques le lendemain (où je pourrais retirer), et nous partons manger un burger et boire une bière dans un pub du quartier nord. Une jouissance absolue. Et un bon pote.

La misère passée et les points d’expérience accumulés, je passe deux jours à Melbourne. Le temps de m’apercevoir, trop rapidement, que la ville a l’air vraiment énorme. Une ville culturelle, à forte tendance rock, avec des concerts, des animations, un peu partout dans la ville. Et il y a ce centre, le lala. Une sorte de grand musée de l’image, du cinéma, du jeu vidéo, de la télévision. A côté de Mad Max, il y a ces cabines pour regarder des documentaires ou des extraits de films, des bornes d’arcade avec les jeux cultes de différentes générations, de Pong à PES en passant par Mario Kart, des jeux de lumières, ou des sessions à la Matrix filmées. Il y a des expositions temporelles, un cinéma, une boutique. Le lieu est le paradis de l’image et une curiosité culturelle incroyable. En prenant l’avion pour Hobart, la Tasmanie et le Falls Festival, je sais pertinemment que je reviendrai à Melbourne, sûrement l’une des villes les plus intéressantes d’Australie.

 

Il est 8h du matin, un mercredi de novembre à Palmerston, dans la banlieue de Darwin. Et pour la première fois de ma vie, je fais du stop. Première voiture : une femme, Australienne, en van, me pose cinq kilomètres plus loin. Deuxième voiture : une femme, toujours (haha), me pose 10 kilomètres en avant. Là, à côté d’un vendeur de didgeridoos et à quelques kilomètres de Tou’s Garden, j’attends une petite heure. Puis, un Aussie barbu s’arrête, me prend et m’emmène jusqu’à Katherine. De ces 300 kilomètres en ligne droite dans le désert, je retiendrais de cet Australien, routier, très sympa, que Perth est au milieu de rien (« fucking nowhere »), et que l’industrie nucléaire australienne est performante. Arrivé à Katherine, je me fais un ciné (The Town), me balade un peu et découvre une ville dépérie, composée à majorité d’Aborigènes, pour la plupart pauvres, maigres et alcoolisés. Tu es en Australie, dans un pays où le niveau de vie et les salaires sont globalement supérieurs à la France, et tu entrevois un tel écart de richesse, de niveau d’éducation et de réussite sociale, entre les Blancs et les Noirs. Pas cool, et triste.

Le lendemain matin, je pars sur la Victoria Highway, la route vers l’ouest. Je fais du stop, deux heures, jusqu’à ce que le mercure dépasse les 35 degrés. Une voiture toutes les 5 minutes. Personne ne va à l’ouest. Ne voulant pas échouer, je prends une nuit de camping et je réessaye, deux heures, le jour d’après. La même. Ma volonté de faire 5 000 kilomètres en stop jusqu’à Perth a failli aux portes de l’ouest. Je prends alors un ticket de bus, incroyablement cher, pour la prochaine ville, Kunnunura, 500 kilomètres plus loin, et première localité d’Australie-Occidentale.

Je reste deux jours à Kunnunura, petite ville mignonne avec un National Park sympa, le Mirima, accessible à pied. Je décide de prendre un pass de bus, pour 3 semaines, avec trajets et kilomètres illimités. J’achète un skate en occasion à une fille de l’auberge. Je me prends un orage dantesque  -comme seul le Nord peut les offrir – en rentrant du National Park. Et je repars direction Broome, Greyhound (la compagnie de bus, les rouges) n’allant pas dans les (il paraît) magnifique Kimberley, qui sont, de toute façon, fermées, pour cause de saison humide.

Après 3 jours à Broome, désertée pour cause de basse saison, après un film (The Social Network) sous les étoiles dans le plus vieux cinéma du monde, je prends un bus direction Coral Bay. J’arrive en pleine nuit et, ne voulant pas réserver une nuit en auberge, je dors sur une colline, à la belle étoile, ayant échoué pour fixer ma tente, trop venteux. Le lendemain, je découvre peut-être la plus belle plage que j’ai vu jusqu’à présent en Australie, fait d’un sable fin et réellement blanc (pas beige ou jaune très clair, vraiment blanc), et d’une eau incroyablement claire. Coral Bay est en fait un des spots du Ningaloo Reef, la barrière de corail de l’ouest, qui n’a pas grand-chose à envier à son opposé plus populaire de l’est. Au backpack, où je prends une nuit, je fais la connaissance de Nico, Français, Nico toujours, moitié Espagnol, moitié Belge, et de Valeska, une Allemande. Un peu ennuyé après une semaine tout seul, je décide de partir dans leur van jusqu’à Perth.

Une semaine plus tard, après des barbecues, des bières et une bonne ambiance, le désert des Pinnacles (d’une jaune et d’un contraste de couleurs fous), Kalbarri et la principauté de Hutt River, la patrie d’une prince-fermier qui a juste créer son propre pays il y a 30 ans (à lire sur Australia-Australie, mon article de Broome à Perth, les mystères de l’ouest), nous arrivons à Perth.

Ville vraiment agréable avec un climat méditerranéen, Perth, située au milieu de rien dans la deuxième région administrative la plus grande au monde, est considérée comme la grande ville la plus isolée au monde. J’y reste 3 jours, découvre avec stupeur que le bus, ne vas pas dans le sud-ouest, la région des forêts géantes. Obligé de changer mes plans, je prends un avion pour Adélaide, le bus ne franchissant pas non plus la plaine de Nullarbor, véritable exploit routier, route de 3 000 kilomètres de désert, sale et abîmée… West Coast, done !